Pour y croire encore

Publié le 14/12/2020

CET ÉTÉ 2020, EN PLEINE CRISE DU CINÉMA « MADE IN PANDÉMIE », LA PLATEFORME CINÉ-SÉRIES AMAZON PRIME FRANCE SORTAIT, À GRAND RENFORT DE COMMUNICATION, « J’Y CROIS ENCORE ». DERNIER NÉ DES FRÈRES ERWIN, RÉALISATEURS EMBLÉMATIQUES DE CE QUE L’ON NOMME DES FAITH BASED MOVIES. ENTENDEZ PAR LÀ DES FILMS À VOCATION DE TÉMOIGNAGE ÉVANGÉLIQUE DIRECT, PROVENANT POUR L’IMMENSE MAJORITÉ D’OUTRE-ATLANTIQUE. LE SCÉNARIO EST FONDÉ SUR L’HISTOIRE VRAIE DES DÉBUTS ARTISTIQUES DU CHANTEUR DE POP CHRÉTIENNE JEREMY CAMP ET DE SA ROMANCE AVEC LA JOLIE ÉTUDIANTE MELISSA HENNING SUR FOND DE MALADIE INCURABLE.

Tous les ingrédients sont la ;

J’y crois encore est l’adaptation du livre-témoignage I still believe de Jeremy Camp, artiste aujourd’hui multi-récompensé aux États-Unis, qui a vendu près de 5 millions d’albums. Une histoire qui collait parfaitement aux critères scénaristiques des Erwin et leur offrait une vraie opportunité de porter à l’écran une belle et touchante histoire, avec cette particularité, somme toute nouvelle, d’aborder la spiritualité et plus précisément la foi avec une part de doute, de questionnement et de résilience. Pour ce faire, c’est le choix de l’authenticité qui l’emporte, et qui séduit par la même occasion Jeremy Camp, qui reconnaît qu’avec sa seconde épouse, à la lecture du scénario, dès la première scène, ils ont versé une larme : « À certains passages du scénario, j’avais l’impression de remonter dans le temps et de me retrouver au même endroit. » Des bases excellentes, un précédent film qui cartonne au box-office… c’est l’opportunité de se concocter un casting première classe. Au générique donc, pour interpréter le jeune chanteur, la star en devenir K.J. Apa, jeune acteur néo-zélandais et héros de la série américaine Riverdale, qui est aussi musicien-chanteur, une variable importante pour ce rôle qu’il optimise très clairement. À ses côtés, la charmante Britt Robertson (Melissa Camp), actrice hollywoodienne réputée grâce à ses nombreux rôles dans des séries télé et quelques films, comme À la poursuite de demain (2015) avec George Clooney, Mr. Church (2016) avec Eddie Murphy ou Un monde entre nous (2017) aux côtés de Gary Oldman et Asa Butterfield. Elle se situe dans la même catégorie d’adorabilité à l’écran qu’Amy Adams, Emily Blunt ou Lily James. Elle joue le rôle de cette jeune femme malade avec engagement et justesse, faisant le cœur de ce qui alimente l’élan émotionnel de J’y crois encore. Et puis de nombreux seconds rôles sont offerts à des valeurs sûres, comme la chanteuse canadienne Shania Twain (regrettable de ne pas l’entendre pousser la chansonnette !…) et l’excellent Gary Sinise (Forrest Gump, Apollo 13, La Ligne Verte, Tru- man…), qui apporte une certaine maturité à l’ensemble.

Faith Based movies… quèsaco ?
Bon alors, du moins pour ceux qui en ont déjà vu un…, un faith based movie gentillet et prosélyte de plus, me demanderez-vous ?

Car c’est souvent, tout de même, ce qui ressort des critiques de ces films. Et ce n’est pas forcément faux… Plusieurs choses sont à préciser. Cette catégorie de films américains s’inscrit évidemment dans une culture particulière, loin de notre « laïcité à la française » et d’un cinéma d’auteur que l’on a tendance à valoriser. Ce qui passe facilement dans un pays où Dieu vient s’immiscer naturellement au cœur de tous les sujets fait vite grincer des dents chez nous, à moins d’être éminemment convaincu et quelque peu conditionné par tout ça. Un autre point à considérer est certainement une certaine jeunesse de ce courant cinématographique. Un aspect à pondérer, cependant, car dès les années soixante-dix une production cinématographique engagée dans le message évangélique a vu le jour. Certains films ont même eu un vrai succès, comme La croix et le poignard, qui racontait la conversion du chef de gang Nicky Cruz à travers le témoignage du pasteur David Wilkerson. D’ailleurs, un certain nombre de longs métrages ont à l’époque, dans l’esprit des productions du moment, pu être réalisés et portés par l’évangéliste américain Billy Graham. Mais, ensuite, un véritable vide s’est créé en la matière et ce n’est que depuis le début des années 2000 que, progressivement, des structures se sont mises en place et des projets sont nés. C’est un ré-apprentissage en tout point qui a dû se faire, avec parfois un manque d’humilité évident, conduisant à de véritables navets ou à beaucoup de séries B, qui tenaient davantage du téléfilm d’après-midi servant à remplir les grilles journalières que du véritable film destiné à sortir en salles et adressé à tous les publics. La veine évangélisatrice a aussi souvent fait des ravages en oubliant l’authenticité des faits, en se gaussant du doute possible et en misant essentiellement sur l’overdose d’émotions. Alors, comment est-il possible qu’aujourd’hui une plateforme telle qu’Amazon Prime puisse proposer un faith based movie et en faire une grosse promotion ? Simple extension anecdotique de la sortie américaine sur les supports français ? Non, franchement non ! Il y a là plutôt la démonstration d’une certaine normalisation des sujets chrétiens dans la culture populaire et le divertissement, qui peut aujourd’hui s’appuyer sur une véritable évolution technique aussi bien que scénaristique. Si La Voix du pardon était un indicateur significatif en ce sens. J’y crois encore élève un peu plus le niveau et ouvre la voie à une nouvelle manière de faire où le témoignage chrétien, tout en ayant toute sa place, se trouve au cœur d’une réflexion humaine et sociétale plus large et se fait dans le respect des convictions de chacun.

L’art est là pour nous élever, nous construire, nous faire grandir. Les films basés sur la foi tentent de nous aider à guérir. Alors pourquoi vouloir les détruire ? Ils ont certainement le cœur à la bonne place et simplement besoin eux aussi de continuer à progresser. De plus, les gens ne sont pas stupides : ils savent ce qu’ils aiment et pourquoi ils aiment ça. J’y crois encore est clairement une jolie piste pour s’intéresser à ce phénomène culturel et, par la même occasion, à la façon dont Jésus-Christ peut nous accompagner dans nos histoires personnelles et nous aider à traverser les épreuves de l’existence. Sans s’attarder outre mesure sur le chagrin de Jeremy et tomber dans la mièvrerie, il offre une intéressante façon de parler de la maladie, de la souffrance et même de la mort, en particulier avec les jeunes.

écrit par Jean-Luc Gadreau

Jean-Luc Gadreau né le 13 décembre 1966 à Rochefort-sur-Mer est un artiste, musicien, écrivain, animateur TV et radio, critique de cinéma et attaché de presse du jury œcuménique du festival de Cannes. Il est également pasteur, coordinateur des départements formation, développement et communication à la Fédération des Églises évangéliques baptistes de France. Il est depuis le 1er juin 2020 directeur du développement de la FEEBF et responsable éditorial des émissions protestantes sur France Culture.

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